La teinture végétale

 cosmos sulfureux

Qu'est-ce que c'est?

La teinture végétale est un produit non-toxique à base de plantes, d’insectes, de lichens ou de champignons. Plusieurs plantes aux vertus tinctoriales poussent naturellement dans nos champs et fossés, alors que d’autres sont cultivées.

Certains résidus alimentaires possèdent également un bon potentiel tinctorial, comme les peaux et noyaux d’avocat, les pelures de pomme-grenade et les pelures d’oignon, notamment. Ces teintures exigent l’utilisation de fibres naturelles, puisqu’elles n’adhèrent pas aux fibres synthétiques (à l’exception de la Rayonne, du Tencel et d’autres dérivés artificiels de la soie).

Ma pratique

Personnellement, j’adore l’indigo japonais. Cette espèce s’utilise en cuve, selon un procédé spécifique, ce qui permet de conserver la même cuve de teinture plusieurs mois, voire des années. Je travaille également avec la garance, le cosmos sulfureux, le tagète, le bois de campêche, le vinaigrier, la verge d’or, la carotte sauvage, le fustic (maclura tinctoria) et plusieurs autres espèces que j'apprivoise avec le temps. J'utilise aussi les pelures d'oignon et les noyaux d'avocat récupérés. 

L’an dernier, j’ai aménagé mon propre jardin de plantes tinctoriales. Cela m’a permis d’expérimenter le potentiel de nombreuses espèces qui m’étaient inconnues jusqu’alors. Je compte récidiver cette année en élargissant encore davantage mon bassin de plantes, dans le but éventuel d’utiliser principalement les plantes que je cultive ou cueille à l’état sauvage. 

Processus

La teinture végétale comporte plusieurs étapes : le nettoyage (débouillir), le tannin (pour certaines fibres), le mordançage, le bain de teinture et le nettoyage final.

Le premier nettoyage (ou scouring en anglais) consiste à faire tremper et bouillir les fibres avec une petite quantité de savon et de cristaux de soude, afin d’enlever toute trace d’apprêt ou de produit avec lesquels les fibres sont généralement traitées pour leur donner un fini plus accrocheur. 

Le mordançage, quant à lui, nécessite l’utilisation d’un « mordant » (la plupart du temps un sel métallique), qui permet de fixer la teinture à l’intérieur de la fibre. On peut facilement visualiser ce processus en imaginant la couleur qui « mord » à la fibre. C’est un peu ça! Le produit le plus commun, le Dodecahydrate de sulfate double d’aluminium et de potassium (alum), est celui que je privilégie. Malgré son nom scientifique un peu rébarbatif, l’alum est sans danger pour l’environnement. Il est notamment utilisé pour la purification de l’eau. 

Le tannin, quant à lui, permet une meilleure adhérence du mordant sur les fibres cellulosiques (coton, lin, chanvre…). Il existe plusieurs sortes de tannins. J’utilise pour l’instant les noix de galles, mais j’ai l’intention d’expérimenter prochainement avec le vinaigrier (sumac), une espèce indigène très commune au Québec. À suivre!

Les bains de teintures (aaaah, c’est pour ça, Marie les bains!), mon étape favorite du processus, consiste en une lente infusion des plantes. Cette macération peut parfois durer plusieurs jours. Il faut être patient et résilient quand on décide de teindre avec les plantes, car malgré les recettes, les livres et les expérimentations, bien souvent la plante n’en fait qu’à sa tête! 

 

 Mon projet se veut autant respectueux de l’environnement que ludique. Je souhaite m’amuser en créant du beau, tout en m’appropriant les techniques traditionnelles utilisées avant l’apparition des teintures synthétiques. J’en ai encore beaucoup à apprendre, mais c’est tellement enrichissant! 

 

persicaria tinctoria